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BLOIS : ILS PANSENT LES BLESSURES DE LA GUERRE EN BORD DE LOIRE

Article de la Nouvelle République.fr publie le 04/11/2022

Ameur, Olha et leur fils Amir ont fui l’Ukraine bombardée. Ils ont trouvé refuge au foyer Mosnier à Blois, où ils construisent une nouvelle vie.

Ils restent profondément marqués par les derniers mois qu’ils ont vécu. Dans leurs regards se lit la tristesse du déracinement, l’inquiétude, mais aussi l’espoir d’une paix même si celle-ci peut paraître bien hypothétique actuellement. Ameur (32 ans), Olha (37 ans) et leur fils Amir, qui fêtera bientôt ses 7 ans, essaient de dessiner un nouveau futur au foyer Mosnier, à Blois. Sa femme et son fils veulent oublier la guerre, les bombes, les journées et semaines entières passées entassés dans les souterrains ; Ameur, lui, a besoin de témoigner de son histoire.

La vie dans les souterrains

La famille vivait à Kharkov, à l’ouest de l’Ukraine, l’une des premières cibles de l’armée russe au début de la guerre. Ameur n’oubliera jamais la journée du 24 février 2022. "J’étais dans l’ouest du pays ce jour-là. Ma femme m’a appelé pour me dire : "J’entends des bombes mais je ne sais pas ce qui se passe !" J’ai tout de suite pris la voiture pour revenir à la maison. Alors que j’arrivais à Kharkov, il y avait de nombreuses voitures venant d’en face, les gens fuyaient la ville."

Comme plusieurs familles du voisinage, Ameur, Olha et Amir trouvent refuge dans un souterrain, avec pour fond sonore le bruit continu des bombes dévastant la ville. "On n’arrivait pas à manger, tout le monde était stressé, en état de choc."

Ameur part seul vers l'ouest

Olha pense aussi à sa famille et tente d’aller à la rencontre de sa grand-mère à Koupiansk, proche de la frontière avec la Russie. Mais une fois arrivée là-bas avec Amir, la ville est bouclée, plus personne ne peut en entrer ni en sortir, elle se retrouve coincée dans un nouveau souterrain, où la famille affronte parfois les températures négatives. Ameur décide alors de partir seul vers l’ouest.
"J’ai pris un premier train de nuit, qui roulait sans lumières, pour ne pas alerter les avions. Il fallait éviter la ville de Kiev, nous avons fait un long détour pour rejoindre la frontière slovaque. Puis j’ai pris la direction de la République tchèque, de la Pologne, de l’Allemagne et enfin de la France, j’ai dû monter à bord de six trains différents. J’ai choisi la France car je parle la langue, je suis originaire du Maroc. Et j’ai pu enfin avoir des nouvelles de ma famille. Je leur demandais juste comment ils allaient, je ne voulais pas faire une trop longue conversation, cela me faisait peur qu’il leur arrive quelque chose si l’on parlait trop longtemps."

La famille réunie six mois plus tard

Il reste quelques jours en région parisienne avant d’arriver à Blois le 28 avril. Il trouve un emploi dans une chaîne de restauration rapide et les nouvelles qu’il reçoit d’Ukraine l’incitent à l’optimisme. Fin juillet, la Russie annonce la mise en place d’un couloir humanitaire pour évacuer les civils, mais uniquement en direction du sol russe. Olha et Amir atteignent Moscou, la capitale du pays agresseur, et prennent un avion vers Paris, via Ankara. Ils arrivent le 17 août en France. "Nous étions enfin réunis après près de six mois sans se voir."

Depuis, une nouvelle vie s’écrit en bord de Loire. Ameur travaille toujours, Olha apprend le français et Amir est scolarisé à l’école Marcel-Bühler, à Blois-Vienne. "Il est très timide, il essaie de s’adapter. Ses nouveaux amis lui font un peu oublier la guerre", indique Olha. Elle ne veut plus parler des semaines passées dans les souterrains. "Je ne veux pas parler du passé, je veux commencer une nouvelle vie, aller de l’avant."

Le futur, il est pour l’instant difficile de l’imaginer. "On ne sait pas quand la guerre sera finie. On a toujours notre maison là-bas, on sait qu’elle est encore debout même si le souffle des explosions a fait sauter nos fenêtres. Mais notre fils a besoin d’une vie calme."